Les yeux jaunes des crocodiles, Katherine PANCOL

Publié le par pacocado

les_yeux_jaunes_des_crocodiles.jpgConseillé à ceux qui ont aimé "Ensemble c'est tout," d'Anna Gavalda.



Pour faire court, on pourrai résumer ce livre à l'histoire de Joséphine, historienne passionnée par le XIIème siècle , maman de deux adolescentes, plaquée par son mari endetté  et qui accepte pour de l'argent  de devenir le nègre de sa soeur à qui tout réussit  en écrivant pour elle un best seller  sur le moyen-âge.

Bon, c 'est vraiment pour faire court car ce livre est beaucoup plus que ça: C'est le portrait d'une femme, d'une mère qui doute d'elle-même, de  ses talents, de l'amour qu'on lui porte, de sa capacité à plaire,  à survivre même,  mais qui va tout au long de ces 650 pages s'émanciper de cette vision négative d'elle-même dans laquelle on l'a cloitrée depuis sa prime enfance.

Mais Joséphine , c'est son nom, n'est pas la seule à peupler les pages de ce pavé, car pour notre plus grand bonheur, Catherine Pancol dresse le portrait d'autres personnages, qui vont , un peu à la manière d'un film choral permettre de multiplier les points de vue et donner une touche très originale à ce roman à l'exemple de ce repas de famille, scène géniale et joussive (p. 86, éditions Le livre de poche) où le narrateur omniscient, change tour à tour de personnage pour illustrer les différences de ressenti face à ce moment d'obligation familiale.

L'une des réussites de ce livre est également le peu de complaisance que l'auteur a justement pour ses héros et qui permet au livre de ne pas rentrer dans la catégorie de livre nunuche ou niais: Tout le monde en prend pour son grade de la fille ainée de Joséphine, Hortense, cupide et insensible, à sa soeur, Iris, beauté fatale mais superficielle et sans talent en passant par la voisine Mme Bartillet, chômeuse stupide et fainéante.  Aucun de leur travers ne nous est épargné et c'est justement ce qui les rend somme toute attachants et humains:  Ainsi, Hortense  rêve d'avoir pour mère sa tante Iris, et réfléchis sans cesse aux moyens de soutirer de l'argent à sa grand-mère, Josiane, maîtresse du beau-père de Joséphine ne semble vouloir lui faire un bébé que pour mieux assoir son statut; quant à "Cure-Dent", la mère de Joséphine, elle n'a que du mépris pour son mari, épousé pour son argent, et pour toutes personnes qui n'a pas de "classe".
C'est aussi mine de rien un livre sur les classes sociales qui y sont toute représentées: bourgeoisie, bobo, aristocratie, classe moyenne, ouvrière ou défavorisée avec leurs codes , leur  langages, leurs aspirations. Ne sont pas les plus malheureux ceux qu'on penserait....

Les histoires de chacun se s'enchevêtrent pour  finalement esquisser des portraits réalistes de femmes  à la poursuite du bonheur.
Certains regretteront une fin décevante car délaissant  quelques personnages, mais peut-être en est-il mieux ainsi?

Ce livre a obtenu le prix de la maison de la presse en 2006




Premières Phrases:

Joséphine poussa un cri et lâcha l'éplucheur. Le couteau avait dérapé sur la pomme de terre et entaillé largement la peau à la naissance du poignet. Du sang, du sang partout. Elle regarda les veines bleues, l'estafilade rouge, le blanc de la cuvette de l'évier, l'égouttoir en plastique jaune où reposaient blanches et luisantes les pommes de tterres épluchées. Les gouttes de sang tombaient une à une, éclaboussant le revêtement blanc. Elle appuya ses mains de chaque côté de l'évier et se mit à pleurer.

Morceaux choisis:

-Comment tu fais pour être toujours aussi gaie? avait demandé Iris.
- Je n'ai rien d'exceptionnel,  vous savez! Y'en a treize à la douzaine des comme moi.
-Avec tou tce que tu as vécu?
-J'en ai pas vécu plus qu'une autre.
-Si, quand même.....
-Non, c'est à vous à qui il n'est rien arrivé.

(page 152)





L'adoration du roi Biffeton. Y'a que nous, les petits et les humbles, qui connaissons cette prosternation devant l'argent! On ne l'empoche pas comme un dû ou une rapine, on le sublime, on l'idolâtre. On se précipite sur le moindre centime qui tombe et ricoche à terre. On le ramasse, on le frotte jusqu'à ce qu'il brille, on le respire. On jette une regard de chien battu sur le riche qui l'a laissé tomber et n'a pas pris la peine de se baissser pour le ramasser. Et moi, avec mes allures de fille affranchie, moi qui me suis fait exploiter toute ma vie par le roi Biffeton, moi qui lui dois la perte de ma virginité, les premiers coups de poing sur la nuque, les premiers coups de pied dans le ventre, moi qu'il a humilié, brutalisée, dès que je vois un riche, je ne peux pas m'empêcher de le regarder comme un être supérieur,  je lève les yeux sur lui comme si c'était le messie, je suis  prête à lui balancer l'encens et la myrrhe.

(page 131)
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Publié dans Haut les coeurs

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A
Alors que j'ai absolument ADORE "Ensemble c'est tout", je n'ai pas du tout adhéré à cette histoire bateau, à ces personnages caricaturaux (la gentille héroine naive, la méchante soeur nombriliste) et à cette écriture mièvre. Trop long et sans intérêt (forcément ça se rejoint!).
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P
J'ai adoré ce bouquin, il se boit comme du petit lait ! Merci Paco pour me l'avoir fait découvrir.
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