L'histoire de Bone, Dorothy ALLISON

Publié le par pacocado

undefinedVoici le récit de l'enfance de Ruth Anne Boatwright, petite fille blanche et pauvre de Caroline du Sud. Bone, telle qu'on la surnomme, raconte les jours  et les années qui se succèdent auprès de sa mère, abandonnée par le père de Bone, puis veuve de son second mari, et qui finit par épouser "Papa Glen", qui l'aime désespéremment, trop même au point d'en devenir jaloux de la petite fille et d'en devenir violent.
Autour d'elles gravite toute la grande famille Boatwright, de la grand-mère qui transmet l'histoire familiale  aux oncles ivrognes  en  passant par les tantes usées par leurs  grossesses et les cousins et cousines qui marchent sur les pas de leurs parents.

J'ai beaucoup aimé ce pavé de 415 pages: Ce récit  est d'un réalisme intense et saississant, et pour cause, il est très largement autobiographique. Dorothy Allisson exorcise en effet son enfance  volée avec talent, sincérité et lucidité en décrivant  les conséquences complexes et destructrices  que la violence, qu'elle soit physique, sexuelle ou psychologique, peut engendrer sur une petite fille: La déformation de  la perception de soi , la découverte de la sexualité à travers des phantasmes pervers, la peur et le repli sur soi qui évolue en haine et en rage contre le monde entier et surtout contre elle-même.

C'est également un beau portrait de cette Amérique blanche  miséreuse, ayant occulté tout espoir de s'élever dans la Société, et pourtant honteuse d'être considérée au même titre que la population noire,  comme des microbes parasites qui ne savent que boire, se reproduire et se battre.

Un témoignage bouleversant


Premières Phrases:

"On m'a appélée Bone toute ma vie, mais mon vrai nom est Ruth Anne. C'est ma tante la plus âgée-tante Ruth- qui a choisi de m'appeller comme elle."

Morceaux choisis:

« Beau n'aimait pas beaucoup Glen, il en était incapable, avouait-il, dans la mesure où il ne faisait jamais confiance à un homme qui ne buvait pas. En effet, pour la famille, Glen était ce qui se rapprochait le plus d'un antialcoolique.Beau a craché du coin de la bouche»
(p68)

" Il ne m'a jamais dit  : " Ne le dis pas à ta mère," Il n'a jamais eu besoin de le dire. Je ne savais pas comment parler à quelqu'un de ce que je ressentais, de ce qui m'effrayait, de ce qui me couvrait de honte, et me faisait pourtant rester là , debout, sans bouger, désespérée, pendant qu'il se frottait contre moi, et enfouissait son visage dans mon cou. Je ne pouvais pas le dire à maman. Je n'aurais pas su expliquer pourquoi je restais là et le laissait me toucher,"
(p.152)




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Publié dans Misère noire

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